To the attention of Mr. de Villers

 

 

“A l’ère où une œuvre de l’artiste Zoulikha Bouabdellah est retirée de l’exposition “Femina, ou la réinterprétation des modèles” – œuvre qui questionne la place de la chaussure, et plus particulièrement celle du mocassin sur le tapis de prière, œuvre on ne peut plus progressiste tant elle pourrait être à l’origine de chamboulements concernant les ablutions – ; à l’ère où ceux qui sont invités sur les plateaux télévisés en tant que spécialistes de l’Islam, se verraient presque sommer de donner leur avis et celui de l’Islam sur les donjons S/M que l’on trouve dans certains clubs libertins ; à l’ère où l’on relaye la parole de plusieurs penseurs intimant l’Islam à se réformer, et où, même s’il n’y a pas toujours que des mauvaises intentions,  on a l’impression en creux que ce mot d’ordre et les critiques qui vont avec rendent synonymes croyants musulmans et arriérés ; à l’ère où l’amalgame douteux entre pratique du culte musulman et terrorisme est de plus en plus prégnant dans les campagnes émanant du pouvoir politique, insinuant une métaphore de prolifération de cellules cancéreuses dont le seul traitement sera chirurgical et englobera des cellules saines – j’ignore l’ampleur effective de cette métaphore génocidaire dans la réalité (…) – ; à l’heure où un membre de ma famille qui travaille chez Air France, me rapporte, outré, qu’une de ses collègues lui a dit qu’il faudrait changer de Ministre de l’éducation parce que Najat Vallaud-Belkacem est arabe et va faire passer des lois pour les arabes* ; en cette période où tout ça se passe, donc, je peints Pintu. Non, ça n’est pas de l’orthographe texto pour dire « peins-tu ». Ce n’est pas non plus une caissière que j’aurais dragué au supermarché d’à côté parce qu’elle se serait appelée Bintou. Non, Pintu, c’est le mot malais pour porte d’embarquement. A l’heure où tout ça se passe, je continue de peindre des pictogrammes de mosquées en zone aéroportuaire. Ça fera une jolie série.”


*Il est évident que le mot « arabe » ne veut pas dire grand chose, et que par un abus de langage du pouvoir politique, le mot « musulman » ne désigne pas uniquement un croyant, mais tout ce qui pourrait s’y rapporter. Par confusion dans l’imaginaire collectif, un « arabe » devient un « musulman » alors que ce n’est pas forcément le cas dans la réalité. Tout comme un « musulman » n’est pas forcément un « arabe »…

Un statut Facebook publié le 05 février 2015

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