Galliéni à Mahajanga, Madagascar – travail forcé**

« Galliéni à Mahajanga, Madagascar – travail forcé »

On sait rarement à quoi correspondent les noms sur les plaques des rues. La plupart du temps, on s’en fiche éperdument. Et quand on se pose la question, on imagine mal juste de simples personnages illustres dont le dévouement exemplaire et désintéressé ne trouverait d’accomplissement que dans une amélioration des conditions d’existence de leurs contemporains. La plupart des noms sur les plaques de rues doivent appartenir à ceux qui ont servi les intérêts de la Nation, comme on dit pour euphémiser. Quand on trouve sur internet quelques traces des activités d’un tel qui a donné son nom à un cours de Bordeaux, on le décrit comme commerçant avec les Antilles au XVIIIème siècle, jamais comme ayant pris part à la traite négrière. Certains noms ne se cantonnent pas uniquement à une localité. Ils connaissent un rayonnement national, voire international, tant leurs noms sont dupliqués à outrance avec cette constante amnésie générale. L’histoire de France (et de l’Europe) – du moins, c’est l’idée qui est impulsée lorsque l’on lit des plaques de rues nommées « Marne », « De Gaulle » dans les pays devenues indépendants durant les années 60 – semble devoir se partager obligatoirement avec les anciennes colonies. Mais, le malheur qui a sévit sur ces territoires au moment où ils étaient sous domination française ne se racontera pas et ne se partagera pas en France. Pourtant, ces malheurs ultramarins font souvent partie de l’histoire de France. Les traces de l’administration coloniale se voit encore dans les pays africains ou sud-est asiatiques dans l’attribution des noms de rues. Si, pour beaucoup de noms de rue, ils paraissent une simple démultiplication insultante mais risible dont la réception finira par se teinter d’une certaine indifférence, certains noms provoquent la gêne lorsque nous les lisons sur les plaques de rues de certains pays.

Ce fut le cas lorsque je lus le nom si répandu sur nos places, nos rues, nos avenues, nos boulevards, nos cours, nos stations de métro, de Galliéni sur une plaque de rue à Madagascar. Beaucoup de lieux se nomment Galliéni à Madagascar et pour cause… Ce type fut promu gouverneur général de Madagascar de 1896 à 1905 et instaura le travail forcé pour endiguer la résistance anti-coloniale. Donc, après avoir photographié cette plaque de rue à Mahajanga, puis peint cette photo, j’ai fouetté cette toile pendant environ quarante-cinq minutes. Les claquements cinglants des coups de fouet me terrifiaient.

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