And My Infatuations Make Me Move To Split

 

 

 

« Artforum, exchanging mumbles now on Facebook »
Clément Collet-Billon « Artforum, exchanging mumbles now on Facebook » Aquarelles et marqueurs sur papier, 75X110cm, 2018

Artforum, exchanging mumbles now on Facebook

L’agora contemporaine s’établit sur les media sociaux, notamment Facebook. Au sein d’une communauté plus ou moins définie, les échanges peuvent s’effectuer par l’intermédiaire de publications interposées, qu’elles soient une simple coïncidence ou une réponse plus ou moins assumée en fonction de l’importance de l’interlocuteur visé. Au-delà de notre époque et de ses modes de communications, les dialogues entres artistes par œuvres interposées, les rivalités, les réponses, les oppositions, les clins d’œil plus ou moins assumés constituent une part de la vitalité du monde de l’art, de la musique populaire, ou autre type d’expression… Enchâssés dans le cadre des média sociaux, ces probables échanges restent souvent propices aux potins, aux quiproquos et à la mauvaise foi, aux récits fantasques, invitant presque le témoin de toute cette agitation à inventer sa propre histoire… Alors qu’à notre époque, la gratuité apparente des publications sur les media sociaux est sujette à des polémiques légitimes concernant la collecte et la revente de nos données privées à des fins de ciblage marketing intrusif, la publication papier d’un carton d’invitation, d’une affiche, d’une publicité achetée dans une revue artistique, nécessitait, avant que la dématérialisation numérique se développe et soit la norme constitutive de nos modes de communications actuelles, un investissement pécunier sûrement plus important.

Une des images emblématiques de l’histoire de l’art contemporain est cette photographie de Lynda Benglis publiée en novembre 1974 dans le magazine Artforum, photo financée par la galerie de l’artiste et ainsi inclue dans le magazine comme publicité. Sur cette photographie, qui avait été au départ refusée pour illustrer l’article du critique d’art Robert Pincus-Witten paru dans le même numéro, on y voit l’artiste nue, le corps huilé, lunettes de soleil sur le nez, arborant fièrement un godemiché surdimensionné plaqué contre ses parties génitales. Autant célébré que vilipendé, cet acte artistique qui a suscité tant de réactions – notamment une lettre de protestations de contributeurs du magazine ainsi que des démissions -, répondait à une affiche de l’artiste Robert Morris paru début 1974 à l’occasion d’une exposition à la galerie Castelli-Sonnabend. Effectivement, on retrouve des éléments identiques sur les deux photographies en dialogue : Morris y est lui aussi photographié nu, corps huilé faisant ressortir les muscles des bras, portant des lunettes de soleil et un casque militaire rappelant le gland d’un pénis[1]. La relation entres les photos s’est confirmée en 1975, à la galerie Paula Cooper, où étaient exposés des polaroids sur lesquels les deux artistes posaient ensemble avec le fameux gode de la publicité de Benglis. Cette relation visuelle laisser planer l’idée d’une relation plus intime entre les deux artistes, même si cette affirmation pourrait s’apparenter à une rumeur puisqu’il n’y a presque pas d’informations factuelles publiées sur les liens biographiques (autres que professionnels) entre Benglis et Morris[2].

En 1972-73, les années précédant la fameuses publicité dans Artforum en réponse à l’affiche de Morris, le travail en collaboration de deux bandes vidéos réalisées à partir d’éléments filmés par Benglis et Morris dans leurs ateliers respectifs, puis re-photographiés lors de la lecture à l’écran des premiers rush, suggère aussi une relation érotique entre les deux artistes. Les vidéos « Mumble » attribuée à Lynda Benglis et « Exchange » attribuée à Robert Morris, développent un récit incomplet, fragmenté et parcellaire. Difficiles à regarder, ces pièces sont une métaphore de la chair ayant vécu – en opposition avec les affiches décrites plus haut – puisque fabriquées par accumulation de couches d’images superposées, détériorées, re-photographiées, copiées, avec des textes dits et leurs narrateurs parfois difficilement déchiffrables, engloutis par les bruits de fond. Plus que de tenter de démêler la nature réelle de leur relation (du flirt réel à sa représentation ou simple relation de représentation), ce qui m’intéresse ici, c’est, tout d’abord, la volonté de montrer qu’un récit de vie peinera à exister sans intermédiaire, et, ensuite, que cette entremise, ce filtre – ici vidéo – mène inévitablement nos deux artistes en dialogue à devenir des avatars à moitié vides sur lesquels les spectateurs inventent leurs propres récits à partir de ce qu’ils saisissent des films. Travail éminemment visionnaire au regard de notre époque contemporaine et de nos bribes de vies, de pensées exposées sur les media sociaux.

Sur la peinture, sont inscrits les mots « holy bang with no remorse ». Ces mots renvoient, par leur sonorité, aux noms des artistes Benglis et Morris, et cette dégradation, ce mâchouillage de leur nom fait écho au traitement par altérations des films « Mumble » et « Exchange ». Le verbe « Display » signifie afficher, exposer, et même de façon plus péjorative, faire étalage. De par le détournement, ce verbe renvoie à une célèbre marque de préservatifs, à ses lubrifiants et autres jouets intimes « Play », pour mieux rappeler le légendaire gode de nos deux artistes américains, et cette confusion entretenue entre jeu et affichage. Quant au mot « Lovenox » qui est inscrit sur les seringues, la deuxième partie du mot peut se traduire par nuit, nox en latin, et love… chacun connait la traduction… Lire « nuit d’amour » sur des seringues laisse l’occasion au regardeur de saisir une multiplicité d’interprétations, de sens.

Ce travail n’aurait pas pris une telle subtilité sans les références culturelles communiquées par Anaïs Garcia, artiste plasticienne, chanteuse et musicienne, que je tiens à remercier très chaleureusement.

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[1] Voir le dossier de presse de l’exposition Lynda Benglis / Robert Morris qui a eu lieu, en novembre 2011, à la galerie MFC Michèle Didier et qui présentait « des éphéméras, des articles de magazines, autant d’éléments qui nous mènent au fameux poster de Robert Morris représenté enchaîné et casqué, publié par la galerie Castelli-Sonnabend en 1974 ainsi que la publicité que Lynda Benglis fera dans Artforum la même année. » http://www.micheledidier.com/index.php/fr/mfc-expositions/mfc-archives/mfc-exposition-benglis-morris.html

[2] in « Lives in Exchange: The Collaborative Video Tapes of Lynda Benglis and Robert Morris » de James Boaden, Tate Gallery : https://www.tate.org.uk/research/publications/tate-papers/25/lives-in-exchange#footnoteref11_flp6kpg

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And my infatuations make me move to Split #01
Clément Collet-Billon, And my infatuations make me move to Split #01, watercolors on paper, 75x110cm, 2015

 

 

 

Lorsque je lui ai demandé des nouvelles de son père, mon ami d’enfance m’a répondu avec ces mots touchants dont je me serais senti complètement idiot de les moquer : « Ca va mieux depuis qu’on lui a changé son pince-mon-coeur. »

Je presse « enter » et je tombe en face d’un mur Facebook qui ne s’édifiait presque exclusivement qu’avec des cœurs. Je me dis qu’effectivement, j’ai dû commettre une erreur d’interprétation : le summum de la délicatesse doit être « Namaste » de Townsend, la la la la–.la… Je me tire.

Je me tire sans pour autant me souler avec une bouteille du « Domaine de la Solitude », ni avec du Rivesaltes à Ravezies. Pourtant, je passe par Muscat pour atterrir à KUL.

– ah oui, c’est un featuring Médine –

J’avance rapide lorsque qu’après avoir entendu « J’trouvais qu’le rap avait quelque chose de romantique… », Médine laisse la place à une chanteuse dont la voix aurait pu coller pour la bande originale d’un « biopic » à la guimauve du type « Aladin et la Lampe Magique », dont seul Disney a le secret.

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And my infatuations make me move to Split #02
Clément Collet-Billon And my infatuations make me move to Split #02 watercolors on paper, 75x110cm, 2015

 

 

 

Peut-être était-ce la peur d’entrer en concurrence avec l’orange des robes des bonzes ou peut-être était-ce vraiment fini entre nous. Toujours est-il que cette libération m’assommait. Toujours est-il que plus de deux heures après avoir foulé le sol Cambodgien, je n’avais toujours pas reçu de ses nouvelles. Elle qui ne manque pas une occasion pour m’envoyer un SMS inquiétant à chaque fois que je franchis une frontière. Elle qui veille sur moi, dévouée, parfois trop envahissante, arrogante et pas polie, ça lui sied bien. Ah ! Enfin ! Mon boulet d’orang belanda à l’humour oranais ré-enclenche mon bracelet électronique :

« Orange vous accompagne au Cambodge. Composez le +33 au lieu du 0 pour appeler un numéro français et le +855 pour un numéro local, le 888 ou +336076268484 pour appeler le service clients. Les tarifs : appels émis vers la zone Europe et la France 2,90E/min, appels reçus 1,40E/min ; SMS émis 0,28E/SMS, SMS reçus gratuits. Pour plus d’infos, appelez le 444 (gratuit). Bon séjour »

Hé, salut ! Dis-moi tu as de l’influence, des responsabilités politiques. Ouais, parce que je me disais qu’on pourrait demander à une artiste de questionner les symptômes érotomaniaques des opérateurs en télécommunications. Ca te botterait de ruser avec Nina Childress pour qu’elle affirme qu’elle a eu totalement librement une idée lumineuse… Comme, par exemple, euh… je sais pas… celle de repeindre en orange la plaque qui indique que nous nous trouvons bien au square Gaëtan de Clérambault à Bourges.

Nina, allez, viens. Oui, oh… laisse glander Monsieur Cowper secrètement. On est bien tous les deux.
Hé Nina, tu aimes le violet ? Parce que là, on se taille avec la Thaï pour recevoir un SMS d’Orange une fois arrivé dans la capitale au nom le plus porn au monde, Bangkok ! Je frétille déjà…

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And my infatuations make me move to Split #03
Clément Collet-Billon, And my infatuations make me move to Split #03, watercolors on paper, 75x110cm, 2015

 

 

 

Depuis quelques temps, peut-être que j’utilise le « je » pour créer une plus grande intimité entre le regardeur et moi. Ou peut-être que, tout comme le point de vue du caméraman nous invitant à partager sa subjectivité lors du tournage d’un gonzo, je n’use que d’un objectif standard.

Les prostituées du quartier Belcier et les athlètes qui concourent lors des rencontres de la Diamond League ont les mêmes partenaires économiques. Leurs débardeurs et leurs shortys fluos me titillent la rétine d’humeur aqueuse. Sur vos shortys, j’écrirai « you’re the butt of the joke ! »

N’ayez pas d’inquiétude : avec tout le piment que j’ai ingurgité, je ne pense pas que j’aurai le cancer du colon. Mais votre cache-sexe Qatar Airways provoque chez moi une pulsion érotique qui me donne envie de légèrement le décaler pour voir votre œil. Relevons l’accoudoir qui sépare nos deux sièges et partageons nos couvertures Onan Air. Personne ne nous mate. Comme les gens de ma rue, vous pouvez m’appeler Cheik. La secousse sera une partie de maladresse en mode sans échecs.

Oh… voilà… enfin, je vois tout. Et je dois dire que même si je m’associais avec des Dayaks pour te couper la tête, je n’aurais pas ce que je veux. Tu as un très joli visage.

Elle se déchaussa. Je vis enfin ses micro-chaussettes qui me firent l’effet de l’inoubliable dos nu de Mireille Darc dans « Le grand blond avec une chaussure noire ». Je me demandais si j’allais, comme dans le film précédemment cité, « passer la nuit à coincer ses cheveux dans ma braguette. »

Ok, j’arrête mon cinéma… De toute façon j’ai encore besoin de l’agent Orange pour me faire des MILFs…

Et puis, en dépit de mon amour pour la couleur orange, je ne boirai pas de spritz à Split.

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Oh ben, c'est ras des braguettes
Clément Collet-Billon Oh ben, c’est ras des braguettes !, watrcolors on paper, 75x110cm, 2016

 

 

 

« I’m your shepherd. You’re my bush.
Stop sippin’ Soho.
Come and see me at Shepherd’s Bush,
In the garden of hoes,
I’m on your lychee like a leech,
To taste your malagasy limonade,
Your too sweet  »Bonbon Anglais »

Le titre est issu d’un lapsus collaboratif à l’écoute d’un morceau diffusé à la radio.

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Je m'expose aux jeux de paumes
Clément Collet-Billon « Je m’expose aux jeux de paumes » watercolors on paper, 75x110cm, 2017

 

 

 

On emballe encore les ficelles à dentelles dans ce papier qui servait autrefois à emballer les miches de la boulangère.

Certaines ont des obus dans la vie, et je les veux autour de mon vit.

Collé-serré

Je sors son téton du bonnet bleu de Sèvres. Je ne suis pas sevré, je bois du petit lait. Elle me rend bûche de chèvre. Je touche enfin ce royal tease. Ça palpe, les droits d’autiste.

Ses pupilles sont tellement dilatées que je n’ai pas besoin d’utiliser des gouttes d’atropine pour savoir ce qu’il se passe dans le fond de sa culotte.

Elle s’avance vers moi et me dit ce qu’elle fait dans la vie. « Du mât chinois, c’est comme du pole dance, mais toute habillée et sous chapiteau. » Elle m’a cramé ?

Collet monté

Bien plus gros qu’un ver, mon sémaphore luisant est le repère qui te déboussolera. Il s’expose aux jeux de paumes, il t’aimera fort, il sèmera fort.

Alors elle dépose une main courante pour se protéger contre ses propres mains baladeuses ; nous officialisons notre union chez les gardiens de la pax.

Contre la douleur, ne pas prendre de tram à dolls. Sur l’échelle sociale, je suis codé out : un croisement de regards, de sourires et c’est la crainte du drame à turgescence. TBM* s’implique fortement dans la campagne contre le harcèlement – sexuel, inutile de l’écrire sur les affiches quand on est très bien monté, ça va de soi.

Collet battu

Elle a posé sur ses épaules une lourde barre en fonte des gènes. Elle fait des squats et l’écume moussera encore plus autour d’elle cet été sur la plage. Et moi, en tant que scum, je travaille mes ischios histoire d’être le meilleur jokey qu’une levrette exquise n’ait jamais connue. Son con sentant le cum, l’un, l’autre, nous sommes ravis. Après un maximum de fessiers, on a développé couchés, on a fini par tripler la décharge en travaillant les muscles en profondeur.

Son corps au sol, Condoleezza Rice m’astique la sticky rise et je l’asperge de jus de corossol.

Collet fumé

Toujours aussi border Collet, je ne suis pas un chien : bienvenue dans mon insultanat d’Onan, détendons-nous avec une rasade de Clément Colonne Créole.

* Pour les non bordelais, TBM = Transports Bordeaux Métropole

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(Tu) Limoges > Les Potences
Clément Collet-Billon (Tu) Limoges > Les Potences, Watercolors on paper, 75×110 cm, 2016

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« … and my infuations make me move to Split #06 »
Clément Collet-Billon, «Du postérieur à la postérité – And My Infuations Make Me Move To Split #06 », watercolors on paper, 75x110cm, 2017

Du postérieur à la postérité

« (…), elle était bien l’élue, la seule qu’il eût jamais aimée, la seule qu’il aimerait toute sa vie. Mais, d’autre part, il ne l’aimait pas, car il ne faisait que se languir d’elle. Durant cette période, un changement étrange se produisit en lui. Une créativité poétique s’éveilla en lui, dans de telles proportions que je n’aurais jamais imaginées de sa part. Maintenant, tout était clair pour moi. La jeune fille n’était pas sa bien aimée, mais l’impératrice du talent poétique qui sommeillait en lui. C’est pourquoi il ne pouvait aimer qu’elle sans jamais l’oublier, sans jamais pouvoir en aimer une autre, contraint à se languir perpétuellement d’elle. Elle avait envahi toute son âme, son souvenir demeurait éternellement jeune dans sa mémoire. Elle avait beaucoup fait pour lui en le métamorphosant en poète ; mais aussi elle avait signé son propre arrêt de mort. »*

— Eh, mais toi, excuse-moi d’être aussi cash, mais il va falloir que tu arrêtes les Marie-Claire et autres magazines féminins réacs’-abrutissants parce que tu m’inquiètes…

— Mais pas du tout, t’y es pas, c’est dans « La Répétition » de Søren Kierkegaard, un livre en apparence de fiction qui relate l’obsession du narrateur, Constantin Contantinus, pour la répétition…

— Ah ! Ben voyons… Tes références à deux balles… C’est toi qui fixe sur les personnages de fiction dans le nom dénote déjà une forme d’anonymat, de double fantomatique. Une année, tu avais été marqué par l’histoire d’Akaki Akakievitch, le fonctionnaire copiste dans l’administration, le personnage principal de la nouvelle « Le Manteau » de Gogol, c’est ça ? Tu avais trouvé une adaptation cinématographique italienne dans laquelle le personnage principal avait été rebaptisé Carmine de Carmine. Tu en avais fait quelques aquarelles.. Et maintenant Constantin Cons…

— Exact ! Tu suis… Et sinon, puisqu’on parlait d’amour, de mort, Seth Gueko dit dans un de ses morceaux « Chez nous l’amour, c’est un trou avec des poils autour / La mort, un putain d’trou avec de l’herbe autour », un truc comme ça… Pas mal, non ?

— Ouais… pfff… ouais.. Euh… Tu te souviens de cette vidéo virale qu’on a vu tourner en boucle sur les media sociaux, une vidéo d’une performance de Marina Abramović au MoMA. Assise au bout d’une table, vêtue d’un robe rouge, impassible, altière, elle fixait de ses yeux noirs chaque membre du public qui défilait, invité à s’assoir à sa table. On raconte que les anonymes qui s’étaient pressés pour participer à cette performance, repartaient souvent du face à face en pleurant. Jusqu’au moment où son amour de jeunesse, Ulay, un artiste avec qui elle avait fait de nombreuses performances intenses, surgit à sa table, sans l’avoir prévenue au préalable…

— Oui… je vois… et la femme qui s’était imposée de rester immobile et qui a la réputation d’avoir fort caractère est subitement bouleversée, avec les larmes aux yeux face à un type amaigri, tout aussi ému d’ailleurs… « le regard que ces deux là ont échangé dans le silence, est si profond, si intense et si humide, qu’on imagine les milliers de choses qu’il peut raconter. » blah blah blah… Oui… d’accord, mais quelle est le rapport avec l’anonymat, l’inexistence qui semblait t’interpeler au début de notre conversation ?  S’il y a un rapport…

— T’inquiète… il y en a un… j’y viens… Figure-toi que ces retrouvailles chargées d’émotions annonçaient le début d’une bataille juridique. En effet, Ulay déposa une plainte examinée par le Tribunal d’Amsterdam fin 2015. « Car pour ce dernier, son ancienne partenaire l’aurait tout simplement spolié de ses droits d’auteur. Si l’on en croit ce dernier, Abramović aurait en effet expressément demandé aux galeries de la noter comme seule auteure de leurs travaux communs, violant ainsi les termes du contrat signé stipulant qu’Ulay devait toucher une part sur ces dites œuvres. La créatrice serbe aurait ainsi délibérément écarté son ex-compagnon des royalties qu’elle était censée lui verser. » T’imagines ? Après tout ce qu’ils ont fait ensemble entre 1975 et 1988, après avoir marqué de concert l’histoire de l’art en se hurlant dessus l’un l’autre, en se tirant les cheveux… et le coup du tir à l’arc… Madame veut seule la postérité dans les manuels d’histoire de l’art. C’est bien plus qu’une lutte pour toucher des thunes, son ex devient inexistant. – D’ailleurs, au passage, je ne comprends pas vraiment comment tu peux être fasciné par l’anonymat, vu ton accoutrement… Mais, il y a belle lurette que je ne cherche plus la logique… – Bref, revenons à nos moutons. D’artiste co-auteur et interprète de performances, il passe à, au pire, rien, individu transparent, au mieux, à silhouette, petite-main, assistant technique, pourquoi pas stagiaire tant qu’on y est.. Comme quoi, ça tient à rien de rentrer dans l’histoire… Bon, au final, il n’y aura pas de reportage complotiste sur RMC Découverte tentant de rétablir « la vérité ». Le verdict est tombé et heureusement pour lui, l’ex-amant a gagné. D’après le Guardian, il aurait décrit « le prolongement du conflit juridique comme « désagréable et pénible » et aurait comparé la bataille à sa victoire réussie sur le cancer. » Et oui, parce qu’il avait attrapé un cancer, de surcroît… Toujours au Guardian, il aurait dit : « L’épreuve de mon cancer menaçait de manière agressive ma vie et la bataille juridique contre Abramović menaçait mon existence. »

— Ce qui se passe « dans notre tête a des répercussions directes sur ce qui se passe dans notre corps : la colère fait rougir le visage, l’angoisse serre l’estomac. Pour les cas les plus complexes, les entrelacs indénouables que l’on tisse au long cours, souvent inconsciemment, il y a les cancers, les scléroses, les allergies, les leucémies, les névroses… »** J’y pense :« Mars » de Fritz Zorn, ça te dit quelque chose ?… »

* in « La Répétition » de Søren Kierkegaard, p. 41

** In « Tentative d’assassinat du bourgeois qui est en moi » de Yann Kerninon, p. 21

 

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